Culte de la Trinité

dimanche 31 mai 2026 - Cahors

Église Protestante Unie Quercy Route de Paris 

Ex 34, 4-9; 2 Co 13,11-13; Jn 3,16-18 traduction Nouvelle Bible Segond (NBS)

Prédication

Frères et sœurs,

J’avais d’abord prévu de ne pas suivre les textes proposés pour ce dimanche. J’avais écrit une autre prédication. Et puis, en regardant le calendrier liturgique, en voyant qu’il s’agissait du dimanche de la Trinité, je suis revenu aux lectures du jour.

Non pas parce qu’il faudrait absolument vous faire avaler un morceau de doctrine difficile. La Trinité fait partie de ces mots centraux dans la foi chrétienne, et pourtant assez rarement prêchés concrètement. Il existe un podcast américain animé par des théologiens qui aiment parler de Dieu autant que de bière artisanale, et ils plaisantent souvent sur le fait que, dans certaines Églises, le dimanche de la Trinité est volontiers confié au pasteur des jeunes, au youth pastor : autrement dit, à celui à qui on refile les sujets embarrassants.

Et je dois dire qu’il y a sans doute un peu de vrai là-dedans. Même dans nos Églises protestantes, nous confessons volontiers la Trinité, mais nous parlons assez peu de ce que cela change réellement.

Alors rassurez-vous je ne suis pas venu avec des schémas compliqués. On ne va pas faire de métaphysique abstraite. On va même surtout ne pas faire de métpahysique du tout. Mais poser une question beaucoup plus simple, et j’espère plus décisive :

Qu’est-ce que cela change de dire que Dieu n’est pas solitude, mais communion ?

Car au fond, la Trinité dit peut-être d’abord ceci : Dieu n’est pas enfermé en lui-même. Dieu est relation. Dieu est circulation de vie, d’amour, de parole. Et si Dieu lui-même est communion, alors aucune existence humaine ne peut se suffire entièrement à elle-même.

Et puis il y avait pour moi une deuxième raison de revenir à ces textes : l’Évangile de Jean, et ce verset que presque tout le monde connaît :

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… »

Je crois que beaucoup d’entre nous ont un rapport ancien à ce verset. Peut-être adolescent. Peut-être lié à une période d’intensité spirituelle, de découverte de la foi, d’élan croyant très fort. Et en même temps, c’est un verset qui risque aujourd’hui de devenir presque inaudible à force d’être connu. Comme une parole tellement répétée qu’on finit par ne plus vraiment l’entendre.

Alors, ce verset, peut-être fallait-il le réécouter. Mais pas isolément. Le réécouter avec l’Exode. Le réécouter avec Paul.

Car les trois textes parlent finalement d’un même mouvement : ils parlent d’

un Dieu qui rejoint, d’un Dieu qui marche avec, d’un Dieu qui ouvre une communion, d’un Dieu qui sauve sans condamner

D’abord, dans le livre de l’Exode, il faut se souvenir du contexte. Nous sommes après le veau d’or. Après la rupture. Après l’échec spirituel du peuple. Le peuple que Dieu s’est choisi n’est pas exemplaire. Le texte lui-même le dit : c’est un peuple « à la nuque raide ». Un peuple fragile, instable, contradictoire.

Et pourtant, c’est précisément là que Dieu se révèle.

« Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, riche en fidélité et en loyauté. »

Vous notetez : Dieu ne se définit pas ici comme une puissance abstraite. Il ne se définit pas par l’exigence ou par la performance. Il se révèle par une manière d’être présent.

Et la demande de Moïse devient alors poignante :

« Marche au milieu de nous. »

Non pas : reviens quand nous serons meilleurs.

Non pas : attends que nous soyons enfin dignes.

Mais : marche avec nous tels que nous sommes.

Je crois qu’il y a là une parole importante aussi pour nos Églises.

Beaucoup de communautés chrétiennes connaissent aujourd’hui une certaine fatigue. Fatigue des responsabilités. Fatigue des fonctionnements. Fatigue parfois d’avoir l’impression qu’il faut sans cesse porter, maintenir, organiser, sauver ce qui peut encore tenir.

Or, précisément, dans ce texte, Dieu ne vient pas réclamer davantage à un peuple déjà fragile.

Dieu ne vient pas réclamer davantage

Attention. Cela ne veut pas dire que rien n’a d’importance. Cela ne veut pas dire que les structures ecclésiales seraient inutiles. Tout au contraire. Mais il faut peut-être garder un discernement spirituel essentiel : le Royaume de Dieu déborde toujours nos fonctionnements.

Lorsque Jésus dit :

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice »

— Ce n’est pas dans nos textes du jour, mais il n’est pas interdit d’y penser – cela signifie peut-être aussi : ne confondez jamais entièrement le règne de Dieu avec ce que vous êtes capables d’organiser, ce que nous sommes capables d’organiser.

Le Royaume passe parfois au milieu de nos structures. Mais il les dépasse toujours.

Puis vient la deuxième lecture du jour, cette finale de la deuxième lettre aux Corinthiens.

Oui, là encore, il faut entendre le contexte réel. La communauté de Corinthe est traversée de tensions, de conflits, d’usure relationnelle, dirait-on aujourd’hui. Ce n’est pas une communauté idéale. Pourtant Paul n’ajoute pas une pression supplémentaire. Il ne réclame pas davantage d’héroïsme spirituel.

Il dit :

« Soyez dans la joie. Encouragez-vous. Soyez en paix. »

Puis :

« Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous. »

N’y aurait-il pas là un point essentiel ? La communion chrétienne n’est pas quelque chose que nous produisons. Et ce n’est certainement pas quelque chose que nous produirions par épuisement, au prix de notre épuisement. Elle n’est pas une performance morale. Elle est d’abord reçue.

La vie chrétienne n’est pas d’abord une charge à porter, mais une grâce dans laquelle demeurer.

Et cela éclaire alors autrement l’Évangile de Jean.

Car Jean écrit :

« Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »

Le verbe grec employé ici, σῴζω sṓzō, signifie sauver, certes, mais aussi relever, faire vivre. Arracher à ce qui enferme ?

Il faut être rigoureux : ce texte ne développe pas d’abord une théorie juridique du salut. Le contraste n’est pas entre des bons et des mauvais dossiers célestes. Pensée pour celles et ceux qui se sont débattus ces derniers mois avec Parcours Sup, Le contraste est entre la fermeture et la vie. Entre la condamnation et le salut.

Tout vient ici :

du Père qui aime,

du Fils envoyé,

de la communion ouverte dans l’Esprit.

Le salut devient alors entrée dans la vie même de Dieu

Et je crois qu’il faut dire aussi quelque chose de très important aujourd’hui.

Il existe parfois une manière dangereuse de spiritualiser l’épuisement humain. Comme si aimer « jusqu’au bout » signifiait devenir disponible à l’infini. Comme si le Christ venait sanctifier notre usure.

Mais le Christ ne sanctifie pas l’épuisement

Être à l’image du Christ ne signifie pas devenir consumable sans limite.

Le salut chrétien n’est pas destruction de soi. Il est relèvement. Vie rendue possible. Communion retrouvée.

La croix elle-même, chez Jean, n’est pas glorification de l’usure humaine. Elle est révélation, présence de Dieu au cœur du monde, ouverture d’une vie nouvelle.

On relit une dernière fois les trois textes ensemble ?

Dans l’Exode, Dieu marche avec un peuple fragile.

Chez Paul, la communion est bénédiction avant d’être tâche.

Dans Jean, le Fils vient pour que le monde vive.

Et si c’était cela, finalement, le cœur du dimanche de la Trinité :

Dieu n’est pas solitude

Le Père donne.

Le Fils reçoit et transmet.

L’Esprit ouvre la communion.

En Dieu lui-même, il y a circulation de vie, circulation d’amour, circulation de parole.

Rien n’y est fermé sur soi-même.

Et si nous sommes créés à l’image de ce Dieu-là, alors la vie chrétienne ne peut pas devenir enfermement dans la seule logique du fonctionnement, de l’épuisement ou de l’auto-conservation.

Car ce qui est au cœur de l’Évangile, ce n’est pas d’abord : tenir coûte que coûte.

C’est demeurer dans cette communion qui fait vivre.

Amen

——- Fin de la prédication initialement prévue ——-

Alors oui, les structures ecclésiales comptent. Oui, nos communautés ont besoin d’engagements réels, concrets, fidèles. Mais elles ne sont jamais une fin en elles-mêmes. Le Royaume de Dieu circule toujours plus largement que ce que nous pouvons maintenir ou maîtriser.

Et si c’était cela, finalement, la bonne nouvelle de ce dimanche :

Dieu ne vient pas ajouter du poids à ceux qui portent déjà beaucoup

Faut-il dire aussi ceci : lorsque la foi chrétienne devient surtout une manière de tracer des frontières entre les “vrais” et les autres, elle cesse déjà de ressembler au Dieu trinitaire.

Car le Père envoie le Fils vers le monde.

Le Fils ne vient pas sauver un entre-soi religieux.

L’Esprit ne cesse d’ouvrir ce que nous voudrions parfois refermer.

Le Dieu de la Trinité n’est pas un Dieu du repli identitaire.

Il est ce Dieu qui va vers, qui circule, qui appelle, qui ouvre une communion plus large que nos appartenances, nos sécurités ou nos frontières visibles.

Et inversement, Dieu ne demande peut-être pas d’abord à ceux qui hésitent encore de devenir immédiatement des chrétiens parfaits, engagés partout, certains de tout, présents à tout.

D’ailleurs, l’Évangile commence souvent bien avant nos appartenances solides.

Il commence parfois simplement par un désir, une recherche, une parole entendue, une lumière aperçue sans encore savoir si l’on peut vraiment entrer.

Le Christ, dans l’Évangile de Jean, ne vient pas d’abord fermer un cercle religieux ; il vient ouvrir une vie.

Aussi peut-être que la communion de Dieu est déjà à l’œuvre chez ceux qui s’approchent encore de loin, chez ceux qui regardent sans oser entrer complètement, chez ceux qui cherchent davantage une parole vraie qu’une identité religieuse à afficher.

Que ce soit pour ceux qui portent tout, que ce soit pour

ceux qui voudrait que le christianisme cadre la sociéte sans eux-mêmes se convertir

ou pour ceux qui témoignent dans leur vie de chaque instant mais sans participer à la vie communautaire, quel que soit le modèle on peut en trouver d’autres…

Se rappeler toujours :

Ce n’est pas nous qui faisons, ce n’est pas nous qui portons l’Évangile, Nous sommes portés par l’Évangile

Et l’Évangile, c’est notamment que

Dieu vient remettre de la circulation là où tout se fige.

Dieu vient rouvrir de la communion là où nous nous isolons.

Dieu vient faire vivre là où tout devient simplement gestion ou survie.

Le Christ n’a pas été envoyé pour que l’Église survive à n’importe quel prix, mais pour que le monde vive par lui.

Et peut-être la foi en le Dieu trois fois UN consiste-t-elle simplement à cela :

apprendre peu à peu que Dieu ne nous enferme pas dans une solitude religieuse,

mais nous attire dans sa propre communion vivante.

Amen

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